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Publié : 11 mai

Auschwitz résidence de la mort*

1945-2020 : les 75 ans de la libération du camp de concentration et d’extermination d’Auschwitz

"L’Histoire est un cauchemar dont j’essaie de me réveiller" (James Joyce)
Ce sont les premiers mots du livre "Shoah française, les responsables impunis".
Le titre indique les noms de Vallat, Darquier, Bousquet. "
L’auteur ajoute "Et tous les autres...."
Dimanche 19 janvier j’ai pris l’avion en direction de Cracovie, très tôt, puis le car jusqu’à Auschwitz (Oswiecim en polonais).
C’est une froide journée, le ciel est gris, il a neigé la veille.
Il y a une heure de route pour atteindre le camp, LES camps en fait : Je "visiterai" Auschwitz II-Birkenau le matin et Auschwitz I l’après-midi. Je n’aime pas employer le verbe "visiter" car il est synonyme de vacances, de bonheur, de détente. Or ici....
Auschwitz est le lieu de l’anéantissement de toute forme de civilisation, je le savais comme tout prof d’Histoire et comme chacun doit le savoir...

Cette réalité pourtant va me rattraper d’une façon brutale, j’ai lu des livres, vu des photos, des films. Mais en longeant les kilomètres de barbelés surmontés de miradors sinistres, les baraquements de bois ou de briques, je m’aperçois que j’étais loin de la réalité. Ce n’est pas le froid glacial qui rend le corps et l’esprit douloureux.
On m’a demandé ce que j’avais entendu de pire. "Pire" ne veut rien dire ici, tout est "pire"... Et pourtant oui, il y a un témoignage, celui d’un homme chargé de "nettoyer" les chambres à gaz. Il raconte l’histoire d’un petit enfant qui n’est pas mort car sa mère l’a protégé avec ses bras et tout son corps, il a miraculeusement survécu. Les gardiens l’ont jeté vivant dans le four crématoire. En riant...
Notre groupe a froid et s’interdira la moindre plainte....
À la limite du camp des plaques commémoratives en Hébreu, Yiddish et Araméen surplombent une immense fosse recouverte par la végétation. Elle contient les cendres de plusieurs centaines de milliers de personnes. Plus d’un million de personnes ont ainsi été assassinées dans le plus grand camp d’extermination conçu par les nazis.
La Pologne en comptait six dont Auschwitz mais également Sobibor et Treblinka dont les noms sont connus. Avant 1939 la communauté juive de Pologne était la plus importante d’Europe, en 1945 il ne restait que quelques milliers de survivants.
Survivre... Passer au-dessus de la vie pour continuer à vivre. Et vivre pour témoigner.

Le camp a été libéré à la fin du mois de janvier par les Soviétiques. Quand les soldats de l’Armée Rouge entrent dans le camp principal, franchissant le sinistre portail surmonté par le terrible "Arbeit macht frei", ils découvrent des scènes dignes de l’Apocalypse : cadavres entassés à moitié calcinés, corps nus de femmes dans la neige, survivants affamés et squelettiques errant entre les baraquements, corps enchevêtrés dans les barbelés.
Avant de fuir les nazis ont dynamité fours crématoires et chambres à gaz, espérant sans doute effacer les traces de leur crime.
Aujourd’hui on peut encore voir ce qui subsiste de ces ruines, les chambres à gaz et fours crématoires ayant été "reconstitués dans le camp d’Auschwitz I, devenu un musée... Ce premier camp comporte des bâtiments en briques, vestiges d’une garnison, et s’organise en "Blocks" utilisés comme prison, salles de torture, lieux d’expériences médicales, d’exécutions le long d’un mur encore rouge du sang des condamnés....
Le musée permet l’exposition d’un grand nombre de photos, d’effets personnels ayant appartenu aux déportés, une vitrine contient plus de 40 000 paires de chaussures...

En sortant du camp je croise une petite fille, elle saute de flaque d’eau en flaque d’eau, elle tient dans une main une sucette ronde et colorée et dans l’autre un ballon venant de Mc Do’, cette vision me met mal à l’aise puis me fait sourire. C’est le seul moment gai de la journée.
J’ai écrit ces quelques lignes en mémoire des enfants jetés vivants dans les bûchers d’Auschwitz. Pendant l’été 1944. Leurs bourreaux étaient "pressés"....
C. Godin

Voir en ligne : Auschwitz-Birkenau

Post-scriptum

*Auschwitz résidence de la mort. Photographies Adam Bujak. Texte Teresa et Henry Swiebocki. Edition du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau.

« Ici la vie ne trouve pas sa place. C’est la résidence de la mort… » Zalmen Gradowski, mort à Auschwitz le 7 octobre 1944 à l’âge de 34 ans. Il faisait partie des « Sonderkommandos », les groupes chargés de nettoyer les chambres à gaz.